Pacifistas sin FronterasPensamiento PacifistaLíderes pacifistasDocumentosContáctenosColaboradores

Si nous prenions une minute de silence pour chacun des morts enregistrés en 2004 en Colombie, nous devrions rester muets pendant 30 000 minutes, soit une vingtaine de jours. Pour la décennie qui vient de s'écouler, il faudrait se taire pendant 208 jours. Peut-être est-ce cela ce que veulent les responsables de la violence.

Comme disaient Médecins sans Frontières lors de l'acceptation du prix Nobel de la paix:

"Nous ne sommes pas sûrs que les mots sauvent des vies mais nous savons que le silence peut tuer".


 

Inicio > Pensamiento Pacifista > La paix et les mots



A la mémoire de Luisa Fernanda Solarte,
qui sera toujours dans nos cœurs .

La paix et le mot

Une lente promenade a travers l'histoire de l'humanité nous laisse voir avec optimisme qu'à chaque époque de grandes convulsions, de crises et de guerres, à travers la planète, les fenêtres de la sagesse se sont toujours ouvertes, les voix de l'amour se sont toujours levées et que des hommes et des femmes se sont toujours dressés contre ceux qui pensent que la violence est une solution.
Les leçons d'intelligence, de courage et d'engagement données par le témoignage des prix Nobel recueilli dans Palabras de Paz, nous donnent beaucoup d'espoir.

Pour l'immense majorité la vie est sacrée, comme le signifie Elena Poniatowska dans le prologue du livre Palabras de Paz:

"Pendant trois mille ans, l'humanité a vécu seulement treize jours sans guerre"

Ces treize jours devraient être une raison d'être optimiste. Il existe un lieu où l'on pourrait aller afin de trouver la clé de la non destruction. Ces îles du bonheur, ces terres de fertilité ne sont pas seulement d'une autre époque ou le fruit de l'imagination: elles sont bien présentes et nous sommes dans l'obligation de les découvrir dans la vie quotidienne et dans les valeurs qui ont été oubliées par cette course frénétique que l'on appelle le Progrès.

De la même manière que les pluies annoncent une belle récolte et remplissent d'espoir le cœur du paysan, le verbe et l'action des hommes et des femmes pacifistes remplissent la vie d'optimisme. Cette responsabilité radicale sur ce que nous disons et ce que nous faisons est la plus puissante des vertus pacifistes et en même temps, l'arme la plus puissante contre les violents. Les assassinats de Gandhi, de Luther King et de beaucoup d'autres pacifistes inconnus, montrent que le pacifisme constitue l'une des menaces les plus redoutées contre les partisans de la violence.

Il semblerait que ne pas être armé affaiblit considérablement la personne violente. Il semblerait que l'action pacifique remet profondément en cause l'esprit guerrier. Il semblerait que faire taire celui qui parle de solidarité et d'amour est le fruit d'une stratégie de l'horreur.

Mais si les armes, la mort et le silence sont les plus précieux attributs des partisans de la violence, les mots, comme expression de la raison et seuls vecteurs de la communication humaine, sont pour les pacifistes l'unique voie vers la vie en communauté et dans la société.

Les hommes sont unis par le langage. C'est par le langage que l'intelligence se développe, qu'elle avance et qu'elle se construit. En tant qu'êtres humains nous sommes voués à communiquer d'interagir et échanger.

Nous nous forgeons en tant qu'hommes dans la relation avec les autres et avec eux, nous comprenons le sens de la vie. C'est seulement avec le dialogue qu'on pourra créer une société pacifiste. Une société sans violence. On peut peut-être affirmer que cette société n'a jamais existé, mais ne pas pouvoir le rêver est aussi inhumain que croire que la violence est la seule issue, que la résignation devant la mort d'innocents est la seule possibilité. Nous ne pouvons pas continuer à croire que le décès violent de tant d'êtres humains est humain. L'accepter c'est éliminer d'un coup la possibilité de vivre humainement.

De la douleur ne peut pas seulement naître la haine, le désir de vengeance ou la résignation. Elle doit engendrer une puissance humaine et pacifiste, qui soit capable d'affecter les partisans de la violence; qui soit capable de transformer leur soif de mort en désir de justice. Une puissance dont la seule arme est le mot. Celui qui renonce à la parole, renonce aussi à la politique. Il renonce à la paix. Rien ne justifie de prendre les armes: ni évidemment pour assassiner, ni pour se sortir de l'abîme de la misère humaine, ni pour défendre des privilèges ou des injustices. Si les hommes se battent pour la justice, cette lutte doit être pacifique; elle doit être politique. La dignité humaine est au-dessus de toute option de lutte. Le respect de la vie d'un seul individu est le respect de l'humanité. Comme l'affirme Kofi Annan:

"Un génocide commence avec le meurtre d'un seul homme non à cause de ce qu'il a fait mais à cause de ce qu'il est. Un génocide commence avec une simple dispute entre des voisins. La pauvreté commence quand un seul enfant se voit refuser le droit fondamental à l'éducation. Ce qui commence avec l'impossibilité de maintenir la dignité de la vie, se termine très fréquemment dans une catastrophe pour des Nations entières ".

L'échec dans la conservation de la dignité humaine est un échec politique. Il naît de l'imposition des idées et des intérêts de quelques uns sur d'autres. La non reconnaissance d'autres cultures porte atteinte à la dignité humaine. De cette non reconnaissance poussent les germes du génocide, et aussi l'idée de soumission.

Découvrir une société pacifiste

La création d'une société pacifiste peut être aussi longue que sa conquête, mais nous savons que le droit à la vie et à la justice, ne sont pas des utopies: ce sont des droits humains qui ne peuvent pas attendre. Ils doivent être collectivement construits: sans mensonges, sans armes, sans la force. Un monde juste ne peut avoir ni la soumission, ni la perte des libertés, ni l'utilisation des armes, comme principes. Construire une société juste par la force ou par l'autoritarisme est la moins juste des propositions. Elle est contraire à la dignité humaine.

Il est nécessaire de transformer les idées qui encouragent la guerre. Il existe dans le langage des médias, des experts et des politiciens, des concepts qui sont à la base de la pensée belliciste. Il est plus humain d'affirmer que l'Etat doit avoir le monopole de l'intelligence, que d'accepter aveuglement celui de la force, qui a largement montré son échec. Celui qui s'arme pour créer un Etat avec cette conception, est un éternel animateur de la guerre.

Ceux qui promettent un meilleur Etat en saisissant les armes, promettent le même enfer, avec un autre uniforme et d'autres mots, mais finalement, le même enfer. Il n'existe aucune raison pour tuer, et il n'existe pas non plus de grand homme qui ait tué.

La vie ne peut pas être violentée, de la même manière que la justice ne peut pas être retardée.

Ce qui est juste est d'avancer librement vers la société souhaitée par la voie des accords. C'est cela ce qui est indésirable pour les violents. Ce qui est juste doit être de trouver les chemins intelligents pour respecter les autres, avec leurs différentes religions, avec leurs différentes façons de vivre ou de rêver. Ce qui est injuste serait de faire taire les différences et d'établir l'empire de la force qui n'est autre chose que l'empire de l'injustice et de l'esclavage, de la soumission.

Il est inhumain de penser que la manière d'obtenir notre liberté est en rendant esclaves ceux qui ne pensent pas comme nous. Réduire le monde à une seule vision politique, sociale, ou culturelle, ou à une seule hégémonie c'est non seulement étendre les possibilités d'une catastrophe, mais aussi déclarer la guerre à la raison.

Il ne s'agit pas seulement d'une opposition à la guerre: ça va beaucoup plus loin. Il s'agit d'une bataille frontale de l'humanité contre la barbarie, de la culture contre la stupidité, de ceux qui veulent introduire à nouveau l'homme dans les cavernes, contre ceux qui pensent que la vie humaine et animale sont le plus grand patrimoine de cette petite planète. En effet, la lutte pour la survie peut être dépassée par la défense radicale de la vie. De cette défense active de la vie, surgit l'optimisme pour l'espèce humaine. Nous savons que l'homme et la femme sont alliés de la vie, mais nous savons aussi, que l'ambition met en échec continuellement la sagesse, qu'elle est source permanente de haine, qu'elle pollue plus qu'on ne le souhaiterait l'esprit des hommes et des Etats.

Il faut surveiller avec une grande attention critique la pensée qui place l'ambition comme source de succès. Cette pensée pourrait être à l'origine de beaucoup des maux qui nous submergent. Nous pourrions trouver là aussi les clés pour comprendre la concurrence entre les êtres humains qui signifie non seulement l'échec de beaucoup d'entre eux, mais aussi une immense quantité qui n'arrive à aucun objectif. Des millions d'hommes meurent de faim dans les pays du sud, des millions d'hommes meurent violemment dans des confrontations inutiles au milieu de la terreur et de la haine, beaucoup se suicident en croyant que la mort est meilleure que la vie, des millions d'hommes sont plongés dans la misère pour que quelques milliers puissent jouir du paradis artificiel construit par l'argent.

Il ne s'agit pas de croire que la paix est seulement l'absence de violence ou de mort. C'est bien plus que cela : c'est la mise en scène d'une vie politique et d'une culture qui reconnaît ses propres conflits et les résout par voie des accords. En effet, la paix constitue la reconnaissance des Droits de l'Homme dans sa plus vaste acception, depuis le droit intouchable et sacré à la vie, jusqu'aux droits de l'être humain à l'éducation ou à la santé. Mais il est nécessaire non seulement de comprendre, mais aussi d'accepter que la lutte pour la réalisation des Droits de l'Homme ne peut pas être violente. Il est contradictoire et inouï qu'au nom des Droits de l'Homme et de la justice on tue et on violente d'autres êtres humains. La violation du droit à la vie pour la réalisation d'autres droits n'est ni compréhensible ni acceptable. Cela n'est pas non plus compréhensible et acceptable de penser que la justice peut être retardée sans violer les droits de l'homme. L'arme plus humaine pour la réalisation de la justice est la non-violence qui correspond à une action et une pédagogie pacifistes. C'est un défi à la pensée belliciste qui s'est enracinée dans l'esprit des Etats modernes et dans les paradigmes des politiciens.
Il faut commencer à discuter avec franchise et intelligence sur le chemin le plus juste pour obtenir une société juste. Non une société locale juste, mais, avec une plus grande urgence, une société planétaire où la justice soit le moteur du développement.

Les situations extrêmes de la vie présentes dans la planète nous font penser que, en tant qu'hommes, il est obligatoire d'arriver à rêver et à obtenir des choses différentes que la consommation ou le paradis dans d'autres vies. Les urgences de la misère n'attendent pas. Cette planète est une planète qui a faim et qui en même temps a trop soif de pouvoir. Il est possible que ceci soit la cause de cela. Mais, en tant qu'hommes, nous ne pouvons pas attendre les grandes mutations biologiques pour aller vers la justice. Nous ne pouvons pas espérer que le développement technologique nous sauve de la misère alors que cette misère est occultée aux tréfonds de l'esprit de cette époque et est favorisée par la culture de l'ambition et de la concurrence.
Le développement ne peut pas être atteint sur base de cette culture: il devra l'être sur la base d'une culture de la solidarité et de la liberté, ou être condamné à se traduire par une croissance inégalitaire et injuste. Il ne s'agit pas seulement de trouver un équilibre entre la production et la consommation, ni de rechercher l'expansion jusqu'aux dernières limites de la frontière écologique.

Il n'est pas audacieux de penser que nous pourrions vivre avec beaucoup moins si nous diminuions l'ambition et si nous changions la pensée qui privilégie la possession à la coopération. Ce n'est pas non plus une utopie de rêver à des êtres humains qui fertilisent la planète de bonté, de joie et d'enthousiasme de vie et qui trouvent des océans de satisfaction seulement avec l'idée de pouvoir coopérer et construire un monde meilleur.

Si nous pouvions diminuer la technicisation de la vie et recharger de sens et d'humanité le développement technologique, nous pourrions percevoir d'autres sources de justice et de production conviviale avec la planète. Même s'il paraît cruellement paradoxal, l'accélération du développement technologique fait croître la distance entre pauvres et riches, tout comme l'esprit de conquête et d'oppression de certains peuples sur d'autres. La fiction inutile d'une société de l'opulence pousse vers une idée de consommation et de déprédation indéfendable. L'homme parait avoir triomphé comme inventeur et avoir échoué comme homme. D'après Albert Schweitzer:

"L'homme s'est transformé. Il a recours non seulement à des forces physiques intrinsèques, mais il peut aussi utiliser aussi, grâce aux avances scientifiques et technologiques, les forces latentes de la nature. Toutefois, l'homme souffre d'un manque mortel : il n'a pas atteint le niveau d'intelligence surhumaine qui devrait équilibrer sa force surhumaine. Et il a besoin de cette intelligence pour utiliser ce vaste pouvoir seulement à des fins raisonnables et utiles et non à des fins destructrices et meurtrières ".

Ce n'est pas le propos de quelques écologistes qui rêvent de défendre à outrance la nature. Il y a déjà 50 ans, Schweitzer nous signalait, quand il recevait le Nobel de paix, que cette surestimation de notre force ou de notre créativité, pourrait mener à une idéologie qui engendrerait la destruction, non seulement par le chemin de la guerre, mais aussi par l'application d'un modèle économique et social fondé non sur la solidarité mais sur un individualisme exacerbé et presque candide, faisant croire que nous sommes des individus dans une course frénétique pour la survie. En effet, l'invitation à un changement de mentalité n'est pas nouvelle. C'était le but même de Schweitzer, qui le mettait en rapport avec le thème de la paix :

"Que la paix vienne ou non, cela dépend de la tournure que prend la mentalité des individus et, par là, celle des Nations".

Malgré cette mise en garde, la course effrénée pour imposer une mentalité de concurrence a été transférée avec assez de succès du plan de l'individu à celui des Nations. Dans cette course, il faudrait faire une pause pour penser avec attention et prudence si cette concurrence des Nations ne va pas créer un immense cimetière de cultures et de Nations qui elles, ne partagent pas cette mentalité, et qui seront détruites avec une grande partie du patrimoine de l'humanité ainsi et les clés pour obtenir une vie meilleure. La vie ne peut pas être nourrie par des valeurs inhumaines. La victoire et la défaite sur les autres ne peut pas nous laisser tranquilles. Nous devons apprendre la manière d'arriver à notre but sans passer par-dessus des autres.

Nous devrions ouvrir les portes du cœur pour comprendre la douleur des autres et, initier la construction de ce que le Dallai Lama propose comme le sanctuaire de la paix, le territoire du respect des autres et de la nature. Le respect c'est le principe, l'action, le pilier et le fondement de la vie en communauté. Respecter l'autre signifie ne pas le trahir dans sa confiance, ne pas trahir l'amitié, ne pas faire du mot un moyen de séduction et de démagogie politique. Les défis pacifistes ne sont pas transférés seulement aux devoirs de l'Etat ou aux engagements politiques des groupes. La mentalité pacifiste oblige au respect quotidien des engagements du père vers son fils, ou du voisin vers son ami. Trahir un ami peut être l'origine d'une rupture insondable. Les conflits humains existeront toujours, mais les résoudre par le chemin de la violence dans ses différentes expressions est une attitude contraire à l'humanité, à l'humanisme. En effet, découvrir la société pacifiste signifie accepter l'humanisme comme source de pensée. Humanisme et pacifisme sont frères naturels, naissent comme une source d'optimisme dans le désert de la pensée de guerre. Ils sont opposés de manière radicale au langage militariste.

La vie sera toujours un conflit entre ce que nous pensons et ce que nous souhaitons, entre le cœur et l'esprit, entre l'esprit qui rêve de liberté et la vie quotidienne pleine de tentations, de pièges qui nous éloignent continuellement et de façon implacable du chemin pacifiste. La façon dont on a développé la technologie nous a permis de connaître que celle-ci peut atteindre de très grands objectifs, mais en même temps elle nous a permis de savoir que, comme disait Martin Luther King en 1964:

"Pour survivre aujourd'hui, nous devons éliminer notre 'retard 'moral et spirituel. S'il n'y a pas une croissance proportionnée de l'âme, les pouvoirs matériels croissants prédisent des dangers croissants. Quand l' 'extérieur' de la nature de l'homme subjugue 'l'intérieur', d'obscurs nuages d'orage commencent à se former dans le monde ".

Ce n'est pas une pensée magique, ni tragique, c'est un réalisme qui annonçait depuis quarante ans les moments que nous vivons actuellement. Les guerres actuelles ne sont pas déliées de ce que Martin Luther King appelait "le retard moral et spirituel". Il préciserait certainement aujourd'hui que les hommes sont attachés à une morale monétariste et à l'esprit de conquête. Cet esprit règne encore même après les échecs du XX siècle.

Subir